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Saint-Pierre-de-Maillé
Les Cottés

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Ce gisement n’étant pas menacé dans l’immédiat, la fouille programmée du gisement des Cottés est conçue comme une opération de fouille pluriannuelle raisonnée, permettant d’atteindre les objectifs scientifiques voulus en effectuant une intervention sur le terrain la moins destructive possible (voir notice 2008). Du point de vue des études mises en oeuvre, nous avons renoué cette année avec la présence d’un géologue (M. Liard) sur le terrain durant la fouille. Nous avons également pu bénéficier de l’investissement de plusieurs nouveaux chercheurs qui ont développé de nouvelles approches : tracéologie lithique (A. Pasquini), analyse de la microfaune (A. Royer, M. Jeannet), analyse statistique des fabriques du mobilier (S. McPherron), analyse de la diagénèse de l’os (H. Hollund), recherche de téphras (D. White) et des pollens (D. Barbier-Pain). Les principaux résultats de la campagne 2009 peuvent être résumés de la façon suivante.

La poursuite de la fouille sur les coupes nord et est nous a permis de découvrir un niveau à très faible densité séparant la partie supérieure de l’US 04 de sa partie inférieure, c’est-à-dire séparant les ensembles que nous attribuons à l’Aurignacien ancien (US 04 sup.) et au proto-Aurignacien (US 04 inf.). De fait, nous pouvons dans les zones nord et est du gisement, fouiller deux ensembles clairement individualisés dès la phase de terrain.

La poursuite de la fouille sur la coupe sud, et dans une moindre mesure sur la coupe nord, a également permis de fouiller un échantillon relativement conséquent de Châtelperronien : nous avons multiplié par deux notre échantillon de mobilier châtelperronien cette année (un peu moins de deux mille silex coordonnés, une petite centaine de restes osseux coordonnés).

La presque totalité des nouvelles coupes nord et est a été relevée et plusieurs échantillons pour analyses sédimentologiques et micromorphologiques ont été prélevés. La topographie des unités révèle un fonctionnement différent entre l’axe central de la grotte et ses bords : d’une tendance grossière sur les bords, la sédimentation est nettement plus fine au centre de l’arc de cercle actuel. L’étude morphosédimentaire et pédologique de ces nouvelles coupes montre l’existence de phases érosives et/ou de changement de dynamique sédimentaire, et cela notamment entre le proto-Aurignacien et l’Aurignacien ancien (travaux M. Liard).

L’analyse statistique des fabriques des objets allongés, os et silex (plus de 4 000 objets analysés), et la comparaison des fabriques observées aux Cottés avec celles enregistrées dans des contextes actualistes où les processus de fossilisation sont contrôlés, montrent que les fabriques des Cottés sont compatibles pour la plupart avec celles d’objets peu ou pas ruisselés (travaux S. McPherron et M. Soressi).

Concernant les datations, nous avons sélectionné cette année des nouveaux ossements portant des stries de découpe ou bien des attaques acides caractéristiques de l’action des carnivores pour être datés par la méthode du 14C par accélérateur. Les premières analyses montrent que le collagène est bien conservé dans les échantillons osseux (travaux S. Talamo). Le matériel osseux daté sera également analysé d’un point de vue chimique et histologique pour tenter de mieux caractériser la qualité de la diagénèse de l’os (travaux H. Hollund). Nous avons également prélevé une colonne de sédiment d’environ 1,5 m sur la coupe nord, de l’US 06 à l’US 03, pour déterminer si des microtéphras sont conservés aux Cottés (travaux D. White). Si tel était le cas, ils constitueraient un matériel de datation et de corrélation d’un site à l’autre particulièrement précis.

Une première analyse des restes de microfaune a été lancée cette année avec pour objectif de préciser le paléoenvironnement tout au long de la séquence, et notamment dans l’US 07, niveau stérile du point de vue archéologique mais décrit dans les années 70 comme formé au cours d’un interstade aussi tempéré que l’actuel, l’interstade des Cottés. L’analyse des restes osseux de microfaune retrouvé dans les refus de tamis 5 mm et 2 mm montre que les restes de micromammifères sont assez abondants et assez bien conservés (2 219 restes analysés cette année, provenant de 425 refus de tamis représentant 2 416 litres de sédiment). Douze taxons ont été identifiés parmi lesquels quatre espèces fossiles, et aucune espèce holocène récente. Le spermophile et le campagnol des hauteurs dominent (travaux A. Royer, M. Jeannet).

L’interstade des Cottés ayant été décrit dans les années 70 sur la base de l’analyse des pollens conservés dans la séquence des Cottés et sachant que la taphonomie des pollens pléistocènes en contexte de grotte peut fortement biaiser les diagrammes palynologiques, et cela jusqu’à invalider leur interprétation directe, nous avons prélevé une colonne d’échantillons pour la recherche de pollens. Cette colonne a été prélevée de l’US 08 à la base de l’US 04 avec un intervalle de 5 cm, à moins d’un mètre de distance des échantillons étudiés dans les années 70. Il s’agit donc d’une part de rechercher la présence de pollen et d’autre part de déterminer leur état de conservation et leur potentiel informatif (travaux D. Barbier-Pain).

La découverte dans l’US 02 d’une nouvelle lame à retouche aurignacienne ainsi que d’outils sur lame large renforce le caractère aurignacien ancien de cette unité. Les grattoirs à museau plat sont toujours le type d’outils qui domine. Le caractère proto-aurignacien de l’US 04 inf est confirmé par la découverte de nombreux nucléus lamellaires à grandes lamelles et par l’abondance maintenue des lamelles Dufour sous-type Dufour. L’augmentation de notre échantillon en 2009 nous a permis également de découvrir quelques nucléus laminaires dans l’US 04 inf, nucléus à lames de petites dimensions. Enfin, nous avons doublé l’échantillon de mobilier lithique découvert dans l’US 06 (travaux M. Roussel, M. Soressi).

Une première expertise tracéologique a été réalisée cette année par A. Pasquini : il s’agissait d’évaluer le degré de préservation des traces d’usure sur le mobilier en silex afin de discuter leur potentiel informatif. Plus on descend dans la séquence, moins les objets exempts d’altérations postdépositionelles sont nombreux : si la conservation dans l’US 02 est qualifiée de bonne à l’échelle microscopique (seulement quelques zones brillantes), elle devient moyenne dans l’US 06. Quoi qu’il en soit, la poursuite de l’analyse fonctionnelle est fortement envisageable car malgré quelques difficultés dues aux altérations présentes, les traces d’usure sont bien conservées. En outre, les industries châtelperronienne et proto-aurignacienne sur lesquelles les traces d’usure sont conservées sont rares et celles des Cottés nous offrent donc la possibilité de préciser les caractères fonctionnels du Châtelperronien et des premières phases de l’Aurignacien, qui plus est dans la moitié nord de la France.

L’étude archéozoologique (W. Rendu) met en évidence d’importants changements paléoenvironnementaux et comportementaux au cours de la séquence enregistrée aux Cottés. L’augmentation de la contribution du Renne au spectre faunique de bas en haut de la séquence devrait témoigner d’une péjoration climatique forte entre le Moustérien et le dernier niveau d’Aurignacien. Les phases anciennes de l’Aurignacien de l’US 04 peuvent être sub-divisées en deux phases suivant des critères taphonomiques, archéologiques et biochronologiques, sous-phases qui coïncident avec les changements techniques observés entre la partie inférieure de l’US 04 attribuée au proto-Aurignacien et la partie supérieure de l’US 04 attribuée à l’Aurignacien ancien. D’importantes variations existent entre les US 02 et US 04 concernant le profil squelettique notamment (mais aussi le pourcentage d’os brûlés, les types de stries, ou bien la fracturation des os), variations qui pourraient témoigner d’un changement dans la fonction du site au cours du temps (site d’habitat pour l’US 04 versus site de boucherie secondaire pour l’US 02 ?).

Les objets de parure recensés aux Cottés sont variés, et l’investissement technique nécessaire à l’aménagement de ces objets est variable (travaux S. Rigaud). Du point de vue culturel, seule une perle en ivoire a été retrouvée en position stratigraphique, dans l’US 04.2 R attribuée à l’Aurignacien ancien. La similitude morphologique et l’imprégnation d’ocre des six perles en ivoire provenant des déblais des anciens fouilleurs permettent d’attribuer l’ensemble des perles en ivoire à l’Aurignacien ancien. Les espèces identifiées via les restes de faune et l’état de surface des assemblages osseux de macro-faune permettent d’avancer que les canines de renard et les perles tubulaires en os retrouvées dans les déblais des anciens fouilleurs pourraient provenir respectivement du proto-Aurignacien et de l’Aurignacien ancien.

Les résultats de nos travaux ont été diffusés en 2009 sous plusieurs formes. Une communication au colloque de Sens nous a permis de présenter la nouvelle séquence stratigraphique des Cottés. Un article nous a permis de montrer comment la réalisation de modèles numériques de terrain, à partir de mesures (plus de 10 000) réalisées au théodolite électronique puis interpolées, viennent compléter la couverture photographique du gisement (Soressi et al., 2009a). Ces modèles numériques permettent des points de vue impossibles sur le terrain ou par photographie aérienne, du fait notamment de la végétation couvrant les environs du gisement. Ils ont aussi l’avantage de permettre de disposer d’une cartographie à l’échelle de dixième de kilomètre plus précis que les cartes topographiques disponibles.

Enfin, deux articles ont été soumis : l’un pour l'ouvrage « Préhistoire entre Vienne et Charente » en marge du prochain colloque de la Société préhistorique française de juin 2010 (Soressi et al. sous presse), l’autre à P. Bodu et collaborateur pour publication des actes du colloque de Sens (Soressi et Roussel, soumis). L’année 2010 sera consacrée à la poursuite de la réflexion et de la synthèse des données, notamment au croisement des résultats d’une discipline à l’autre.

 

(fig. n°01)

SORESSI Marie et ROUSSEL Morgan

Avec la collaboration de : LIARD Morgane, RENDU William, PASQUINI Amaranta, RIGAUD Solange,  ROYER Aurélien, JEANNET Marcel, McPHERRON Shannon, TALAMO Sahra, HUBLIN Jean-Jacques.

Figure 01 : Évolution des travaux de 2006 à 2009 (a : photographies du gisement depuis l’est ; b : depuis l’intérieur de la grotte ;  c : depuis le dessus de la grotte)