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Saint-Pierre-de-Maillé
Les Cottés

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Le gisement des Cottés est situé dans la Vienne, au contact entre le Bassin parisien et le Bassin aquitain. C’est l’un des rares gisements en Europe de l’Ouest qui conserve une séquence continue de la fin du Paléolithique moyen jusqu’au début du Paléolithique supérieur (Moustérien, Châtelperronien et phases anciennes de l’Aurignacien). Il s’agit du gisement éponyme du Châtelperronien évolué, tel qu’établi par L. Pradel, en s’appuyant sur la « pointe des Cottés », pointe de Châtelperron élancée. Si ce Châtelperronien évolué constitue bien une phase finale du Châtelperronien, il pourrait être l’un des rares témoignages du comportement des tous derniers Néandertaliens de la façade ouest de l’Europe.

Ce gisement a été fouillé principalement à la fin du XIXe  s. et dans les années 50. En 1881, un squelette en position fœtale d’Homme anatomiquement moderne y est découvert au sommet de la séquence. Ces restes humains, perdus depuis la fin des années 60, ont été récemment retrouvés par Marie Soressi et sont en cours de datation. Les collections fouillées anciennement ne sont aujourd’hui que difficilement utilisables : lorsqu’elles ont été conservées, elles sont triées et seules les pièces considérées comme utiles ont été gardées. En 2006, nous avons entrepris une fouille programmée en collaboration avec plusieurs instituts de recherche français et étrangers, dont le département d’Evolution humaine du Max Planck Institute de Leipzig en Allemagne. Nos objectifs sont de :

   - dater, avec plusieurs méthodes, les niveaux de Châtelperronien évolué et d’Aurignacien ancien ;

   - décrire les processus naturels de fossilisation du gisement ;

   - préciser plusieurs aspects des comportements des Châtelperroniens évolués et des Aurignaciens anciens dans une unité de lieu.

Il s’agit d’une part d’évaluer le potentiel informatif de cette importante séquence, et d’autre part, de disposer de nouveaux éléments factuels pour mieux comprendre les comportements des derniers Néandertaliens et des premiers Hommes anatomiquement modernes dans le centre-ouest de la France.

A notre arrivée sur le gisement, la presque totalité des coupes étaient recouvertes par les déblais des fouilles anciennes. La campagne 2006 a été consacrée au nettoyage de la coupe sagittale crée par L. Pradel en 1958 puis rectifiée sur 3 m de large par F. Lévêque entre 1972 et 1984. Notre objectif pour 2006 était donc de retrouver cette coupe sous les effondrements de déblais et de débuter une fouille raisonnée. A partir de 2007, nous avons fait appel à une pelle mécanique et à un archéologue conducteur d’engin pour poursuivre le dégagement des déblais. Le nettoyage de 2007 a permis de mettre au jour plus de 4 m2 supplémentaires et d’étendre la coupe sagittale sur 1,5 m. En 2008, nous avons enlevé plusieurs nouveaux m3 de déblais dans la zone nord du gisement. Nous avons ainsi pu retrouver une grande coupe frontale et une nouvelle coupe sagittale laissées par L. Pradel dans les années 50 ; nouvelles coupes contigües à la première coupe dégagée en 2006 et 2007. Au total, ces coupes s’étirent sur environ 14 m de long et de 1,5 m à 4 m de haut, suivant les secteurs. Le sommet des dépôts pléistocènes a ainsi été dégagé sur plus de 20 m2 , dans les zones nord et est du gisement.

La rectification des coupes « Pradel » par paliers successifs et au plus proche de la coupe originale a permis, tout en fouillant le moins

possible des dépôts en place, de mettre en évidence, de bas en haut de la séquence :

   - un niveau de Moustérien (US 08) mal défini pour le moment,

   - un niveau de Châtelperronien (US 06),

   - et plusieurs niveaux attribués aux phases anciennes de l’Aurignacien (les US 04 et 02) dont certains contenus dans une matrice sédimentaire rouge, probablement ocrée.

L’inventaire techno-typologique, les schémas diacritiques et les mesures réalisées montrent que les US 04 à 02 relèvent des phases anciennes de l’Aurignacien. Augmenter la quantité de matériel lithique étudiable nous permettrait de préciser l’attribution de ces ensembles à l’Aurignacien ancien classique ou au Proto-Aurignacien (type Arcy-sur-Cure). De même, disposer de plus de matériel lithique, devrait nous permettre de préciser le(s) sous-faciès châtelperroniens conservés dans l’US 06. Enfin, le Moustérien de l’US 08 ne peut pour l’instant être caractérisé, faute de matériel diagnostique suffisamment abondant. L’analyse pétrographique des silex utilisés (réalisée par J. Primault, SRA Poitou-Charentes) montre que la part de silex provenant de gîtes éloignés augmente au cours du temps, témoignant notamment des transports vers le nord (Grand Pressigny) et vers le nord-est (vallée du Cher).

L’analyse géologique (J.-P. Texier, UMR 9951 Pacea) indique que le matériel archéologique a été fossilisé dans des dépôts alimentés par l’amont du versant. Le ruissellement est intervenu dans la constitution de ces dépôts, en particulier pour une partie de l’US 02, dernier niveau d’Aurignacien. Nous sommes probablement en présence d’un petit cône colluvial qui a glissé sur le versant.

Le matériel lithique est remarquablement frais et non patiné dans les US 02 à 04, seulement un léger voile de patine apparaît dans les niveaux de base. Le matériel osseux est bien conservé, sauf dans l’US 02 où les surfaces externes ne sont pas toujours bien lisibles. L’analyse des refus de tamis (classes de taille : 2-5 mm pour tous les restes, 5-15 mm pour le lithique, 5-25 mm pour les restes osseux non déterminables) permet de montrer que la fraction fine lithique des niveaux aurignaciens est toujours supérieure ou égale, quelle que soit la zone, à la fraction fine enregistrée dans les débitages expérimentaux disponibles. L’analyse du refus de tamis osseux montre que la quantité d’os brûlé est forte non seulement dans les niveaux où nous avons reconnu à la fouille des structures de combustion, mais aussi dans les zones dans lesquelles nous n’avons pas encore retrouvé de structures de combustion. Des fragments de coprolithes sont présents à la base de la séquence et disparaissent au sommet de cette dernière.

L’étude archéozoologique (W. Rendu, UMR 9951 Pacea) met en évidence d’importants changements paléoenvironnementaux et comportementaux au cours de la séquence enregistrée aux Cottés. L’augmentation de la contribution du Renne au spectre faunique de bas en haut de la séquence pourrait témoigner d’une péjoration climatique forte entre le Moustérien et le dernier niveau d’Aurignacien.

Les phases anciennes de l’Aurignacien de l’US 04 peuvent certainement être subdivisées en deux phases suivant des critères taphonomiques, archéologiques et biochronologiques. Enfin, les US 06 à 08 se révèlent témoigner d’occupations mixtes du site : hommes et carnivores. Par ailleurs, quelques éléments se précisent pour ce qui concerne l’exploitation des carcasses animales : dépouillement des carcasses de Renne, décarnisation sur le site, fracturation non intensive, et probable utilisation de l’os comme

combustible. Une perle en ivoire a été découverte en 2008 dans la partie supérieure des niveaux aurignaciens anciens. Elle s’ajoute à la dizaine d’objets de parure découverts dans les déblais. Les analyses macroscopique et microscopique de ces objets (S. Rigaud, UMR 9951 Pacea) montrent le remarquable état de conservation de ces vestiges (fig. n°01) .

En ce qui concerne les datations, plusieurs méthodes seront mises en œuvre. Pour la thermoluminescence (D. Richter, Max Planck Institute), la dosimétrie de plus de 45 micro-zones a été mesurée sur le site, et nous disposons d’ores et déjà de plus d’une dizaine d’échantillons de silex brûlé suffisamment épais et probablement suffisamment chauffés pour permettre la datation des unités stratigraphiques aurignaciennes et châtelperroniennes. Concernant les datations par la méthode du 14 C par accélérateur et par ultrafiltration (M. Richards, S. Talamo, Max Planck Institute), nous avons sélectionné près de soixante-dix échantillons en différentes matières (os, dent, bois animal et charbons). Les premières analyses montrent que le collagène est bien conservé, du point de vue quantitatif, dans les échantillons osseux. Lors de la prochaine campagne de terrain, nous prévoyons de poursuivre la rectification raisonnée des témoins laissés par L. Pradel, ainsi que les travaux engagés, discipline par discipline, et cela en faisant une priorité de la compréhension du potentiel du gisement, passant principalement par une caractérisation des comportements humains et de leur degré de préservation.

SORESSI Marie et ROUSSEL Morgan

 

 

Figure 01 : Industrie lithique et parure (fouilles 2006-2008).