Alleyrac
Le Bourg - souterrain de Choumazel
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La commune d’Alleyrac a effectué des travaux d’assainissement occasionnant d’importantes tranchées. Le 19 décembre 2006, le chantier est arrêté en raison de la découverte d’une cavité creusée dans la pouzzolane (en occitan « la chisse ») et dans le basalte, depuis un mètre sous la route jusqu’à trois mètres de profondeur. Un grand nombre de souterrains est connu en Velay, dont certains ont été fouillés, il y a une vingtaine d’années (l’Herm de Cayres, les grottes de Couteaux à Lantriac, le Villaret à Arsac-en-Velay). Cinq sont connus à Alleyrac, aucun n’avait fait l’objet d’une fouille. La mise au jour de vestiges mobiliers en surface (céramiques, charbons, ossements) a motivé la mise en place d’une opération archéologique, engagée pendant tout le mois d’avril 2007.
Une couche continue d’occupation a été observée dans les secteurs B, D, E, datée du XIVe s. au XVIe s. d’après les premières observations de la céramique. Trois accès ont été localisés, dans les secteurs A, B, C, et E, correspondant à deux types identifiables : l’un est aménagé d’une volée de marches, les autres sont des trappes, aujourd’hui fermées par des dalles de basalte et d’imposants blocs (fig. n°01) .
Le secteur A présente un amas de blocs obstruant une entrée, puis un couloir de moins d’un mètre de large qui se développe sur quatre mètres de long. Ce secteur ne renferme pas de couche d’occupation, mais plutôt un effondrement, dans une cavité inachevée. Quelques éléments de céramique ont été récoltés dans l’éboulis comblant la pièce, ainsi qu’un petit burin en basalte, usé.
À l’extrémité est de la salle B , un gros bloc de basalte obstrue l’accès par le plafond. Des pierres (de 0,50 m à 0,80 m de côté) forment une sorte de marche à proximité de l’entrée est. Un foyer en place, de 1,20 m de surface, comporte une pierre au centre (fig. 1, foyer F2). Il est composé par une couche de cendre gris-blanc (épaisse de 5 cm environ et qui s’étend sur 0,40 m x 0,50 m), en relation avec une couche de charbon compacte, elle-même recouverte par de petits blocs de 5 cm à 10 cm de diamètre. En dehors du foyer, la couche d’occupation est très mince et tend à disparaître vers l’est. La hauteur de plafond varie ; elle atteint un maximum d’environ deux mètres au niveau du foyer. Les parois, très régulières (fig. n°02) , comportent (à l’est du foyer) de petites cavités régulièrement espacées et se faisant face, laissant entre chacune d’elles une distance de 3 m. Cet aménagement peut correspondre à un plancher situé en dehors du foyer, qui aurait pu servir pour le stockage à l’abri de l’humidité du sol.
Le secteur C était dans un premier temps limité par un énorme blocage, recouvrant la couche d’occupation dans la partie nord. Après démontage, deux éléments structurés sont apparus : au fond (à l’ouest), un escalier de cinq marches au moins est composé de blocs de basalte (0,30 m à 0,50 m de côté en moyenne). À gauche de l’escalier, une paroi de blocs formait un muret conservé en place. Il s’agit probablement d’un accès dont les dimensions ont été réduites par la construction du muret.
La couche d’occupation qui tapisse la zone D est plus riche en mobilier que les secteurs B et C et comporte un foyer à côté duquel prenaient place de nombreux déchets de faune. Le foyer (F1 renferme uniquement des charbons de grosse dimension, mais pas de cendre. Les parois comportent quelques aménagements, dont un placard creusé dans la paroi sud-est, probablement fermé par une porte, puisque des trous de charnière ont été relevés. D’autres trous de poteaux ont été observés dans les élévations, majoritairement dans la partie ouest. La hauteur de plafond est suffisante pour tenir debout entre la tranchée et le milieu du secteur D (fig. n°03) . Dans la partie ouest, une concentration de blocs de basalte matérialise la limite avec le secteur E. Une banquette de 0,50 m de hauteur est aménagée dans le rocher ; elle est localisée contre la paroi ouest (secteur D-E). Cette partie du souterrain avait peut-être pour vocation la stabulation d’animaux et le stockage de denrées (céréales de seigle carbonisées autour du foyer F1).
Le secteur E était entièrement obstrué par de la terre fine, ainsi que par deux couches de blocs (environ 0,60 m de haut). La couche d’occupation est riche en mobilier et contient deux concentrations de charbons (F3 et F4) pouvant correspondre à des foyers. La hauteur de plafond est d’environ 1,50 m. La forme de cette salle est rectiligne jusqu’à l’extrémité nord où apparaît une porte, qui comporte deux systèmes de fermeture, marqués par des creusements dans les élévations. La fouille s’est déroulée en deux temps, d’une part à l’intérieur et d’autre part à la pelle mécanique à l’extérieur (sondage delta). Cette méthode a permis une vision exhaustive du fonctionnement du souterrain.
Le sondage delta a permis la mise en évidence d’une falaise d’axe nord-sud, entièrement comblée (relevés stratigraphiques) et dans laquelle s’ouvre le souterrain E. À une profondeur de deux mètres, un niveau remanié comprend du mobilier contemporain de la grotte. Deux niches F et G s’ouvrent dans la falaise ; seule la partie G a été en partie fouillée et quatre trous de poteaux taillés dans la pouzzolane ont été relevés sur la paroi. Le terrain naturel a été aménagé de manière à permettre l’accès à l’ouverture du souterrain : la pente est très forte en direction de l’est. Les trous de poteaux décrits ci-dessus devaient permettre la fermeture de cet accès par un plancher, ce qui est encore renforcé par la présence d’un mur empierré d’axe ouest-est, relevé en stratigraphie. Quatre mètres carrés ont été fouillés au pied de la falaise, avec une puissance stratigraphique de 1,30 m, mais le fond n’a pas été atteint (s’agit-il d’un creusement en direction d’un autre souterrain, plus bas ? S’agit-il d’un puits ?). Ils sont très riches en matériel et en documentation archéologiques.
La cavité G est formée de trois salles au minimum, disposées sur plusieurs niveaux. À l’entrée (falaise) une porte est marquée par des trous de charnière. L’ensemble était comblé, mais a livré très peu de mobilier. Le plafond de la première pièce, d’une hauteur de 1,40 m environ, était percé d’un trou de 0,30 m x 0,50 m de côté, scellé par deux blocs, une poutre et une importante quantité de chaux. Il donne dans la deuxième salle, circulaire, aux dimensions équivalentes à la première et dont le sol a une altitude plus élevée. Au nord s’ouvre la troisième pièce, qui n’a pas été fouillée.
Le matériel archéologique n’a pas encore été étudié, mais a déjà été lavé et marqué et comprend des charbons (récoltés au tamisage, par mètres carrés), quelques rares traces de bois esclouffis, de la lignite, des céréales carbonisées, des noyaux de pêche, des fragments en verre (dont un fond de cul de 5 cm), vingt objets métalliques (pointe de flèche en bronze, un couteau, clous, boucle de ceinture en fer, etc.), cinq fusaïoles en pierre, trente-cinq pièces lithiques en basalte (deux lampes, mollettes, meules entières et fragments, quatre fragments de jeux : un pendu et un charret ou jeu du moulin, ainsi que les pions noirs ou blancs), de la faune et de la céramique (les tessons occupent quatre tables de 2 m2 chacune). Tout est datable des XIVe s.-XVIe s., mais nous recherchons actuellement une personne qui pourrait en dire plus.
Conclusion
Il reste à entreprendre la fouille de la salle F, à achever les décapages du secteur delta, et à voir depuis l’extérieur la troisième salle de la zone G. Le secteur A, manifestement aussi vieux que les autres, a dû être abandonné en cours d’occupation par des éboulements incessants.
L’essentiel de la documentation provient des salles B, C, D, E, en fait une « poubelle ». Dans les secteurs D et E, aucune concentration de mobilier n’a été remarquée ; il s’agit d’un épandage datant de l’abandon du souterrain. L’étude de la céramique indique une occupation datable du XIVe s.-XVIe s., en plusieurs phases. Le pendu et le charret sont des jeux courants au XIVe s., souvent pratiqués par des maçons. Les trois entrées, peut-être, ne sont pas synchrones. Les foyers, les traces de travail au plafond et dans les parois, ainsi que les stratigraphies, doivent aussi être étudiés de près.
Le comblement du souterrain pourrait être lié à l’apparition d’une maladie (peste ou choléra) obligeant les gens à reconstruire différemment. Le passage du chemin reliant Mailhac et Alleyrac, disposé juste au-dessus des souterrains, irait également dans ce sens.
Voruz Jean-Louis avec la collaboration de Marie-Caroline Kurzaj et Élise Nectoux
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