Archéologie de la France - Informations
Connexion

Brioude
Basilique Saint-Julien - porche nord

montrer/cacher les métadonnées

Une intervention archéologique de dix jours à trois personnes a eu lieu en décembre 2007 dans le porche nord de la basilique Saint-Julien. Il s’agissait de fouiller environ une cinquantaine de centimètres sous le sol actuel, en préalable à l’abaissement du sol préconisé par l’architecte en chef des monuments historiques.

Le porche est construit à la fin du XIIe  s. ou début du XIIIe  s., quelques décennies après la nef selon les historiens de l’art. Il est orné d’un beau décor stuqué. Des sondages archéologiques ont été réalisés à l’extérieur par Bernadette Fizellier-Sauget (BSR  1991, p. 27) et Anne-Aimée Lichon (BSR  2001, p. 61), mais jamais à l’intérieur.

Des travaux de restaurations modernes et contemporains ont entraîné la destruction des niveaux archéologiques supérieurs dans les secteurs ouest et nord. À l’est, on observe des sépultures d’enfants orientées est-ouest sous l’altitude projetée des monuments historiques. L’une d’entre elles est recoupée par un sarcophage également orienté est-ouest, contenant une sépulture.

Trois sarcophages (Sa 1, 2 et 3), orientés nord-sud, sont disposés côte à côte au milieu du passage. Ils semblent former un escalier. La cuve la plus méridionale, qui occupe en grande partie l’emplacement du seuil, était comblée par un remblai hétérogène contemporain. Il a été mis en place après les autres sarcophages et il n’est pas sûr qu’il ait contenu une sépulture. Les deux autres sarcophages étaient encore pourvus de leur couvercle préservant l’espace vide de ces tombes. Seul le deuxième sarcophage a pu être fouillé ; il a nécessité une semaine de travail à deux personnes. En effet, il est occupé par deux squelettes et quelques os surnuméraires qui ont subi des altérations importantes liées à la présence d’un champignon. L’espace vide associé à l’humidité est en partie responsable de la bonne conservation de certains tissus organiques (muscle, cheveux), ainsi que des fragments de tissus et de cuir (fig. n°01) . Un fragment de tissu conservé au niveau des membres inférieurs constitue un reste de vêtement et une aumônière en tissu pendant à la ceinture disparue et sur laquelle était fixée une coquille Saint-Jacques est en partie préservée. Il s’agit donc d’« une tombe de pèlerin ». Le squelette conservé sous celui-ci était également conservé au niveau de la clavicule. Son état de conservation osseux est encore plus mauvais que le précédent. Le dernier sarcophage réutilise une cuve mérovingienne qui a été restaurée. Le panneau de pied est manquant. Il est recouvert par un couvercle composite qui a été déposé et remplacé en partie par une dalle moins épaisse compatible avec le niveau du sol projeté par les monuments historiques. Si l’intérieur n’a pas été fouillé, certaines observations ont été effectuées, ainsi que des prélèvements des végétaux qui recouvraient les ossements et ne semblent pas provenir d’une infiltration. La cuve contient également au moins deux squelettes dont un champignon responsable d’altérations similaires aux sépultures voisines. Nous ne pouvons préciser s’il s’agit également de pèlerins, dont un troisième individu est attesté par la présence d’une coquille Saint-Jacques percée provenant d’un remblai. La forme des tranchées d’installation des sarcophages 2 et 3 permet d’établir que le sarcophage 3, moins enterré que le précédent, est mis en place après le sarcophage 2.

La surveillance de l’enlèvement des cuves 1 et 2 a permis de faire des observations sur le seuil, tant au niveau de la construction que de la mise en place des sols. Les deux piédroits de la porte romane de la nef sont marqués par une feuillure horizontale, qui donne un niveau plan continué par la face supérieure de la maçonnerie de blocs constituant le seuil. On trouve au contact de ce niveau une fine couche de mortier servant à fixer des pavés de terre cuite qui constituent un sol médiéval antérieur à la construction du porche actuellement de plein pied avec le sol de galets de la nef traditionnellement daté du XVIe  s.

Un second sol situé 0,50 m plus haut, au niveau de l’assise au-dessus de la feuillure, est compatible avec les données architecturales des fondations et bases des piliers du porche. Un petit lambeau de mortier conservé sur le massif de fondation du pilier sud-ouest pourrait constituer un reste de préparation de ce sol. La mise en place des sarcophages 2 et 3 est datée dans l’état actuel de la fin du Moyen Âge.

Cette opération, limitée dans le temps et dont l’étude est en cours, a donc livré des éléments intéressants concernant à la fois l’architecture, la construction et l’archéologie funéraire, dont les dossiers sont en cours de publication.

Gauthier Fabrice

Figure 01 : Sépultures dans le sarcophage 2