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Prospections aériennes de l’Eure
Bilan de la campagne 2006

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La campagne de prospection 2006



La campagne 2006 est la meilleure que nous ayons connue. Les conditions météorologiques, sans être exceptionnelles, ont effectivement été très bonnes au sud du département, principalement sur le plateau de Saint-André. Ces régions que nous prospectons depuis peu ont donné plus de la moitié de nos résultats.

Nous avons effectué 30 h 30 de vol réparties en dix-sept sorties qui s’échelonnent du mois d’avril au mois d’août. Les sites photographiés concernent trente-trois cantons et cent quatre-vingt-neuf communes situées essentiellement au centre (plateau du Neubourg) et au sud du département (plateau de Saint-André). Pour la première fois nous avons utilisé un appareil photo numérique (APN), en appoint de l’argentique, et défini la nouvelle organisation du travail que la généralisation prochaine de ce type de matériel va entraîner.

L’abondance (pour nous) des bâtis est une des caractéristiques de cette campagne. Entre les nouveautés et les compléments nous en enregistrons une trentaine.

Pour commencer, quatre nouveaux fana, un à Criquebeuf-la-Campagne, à 250 m du premier découvert en 1990, un deuxième à Marbeuf, un troisième à Sylvains-les-Moulins, à quelques dizaines de mètres du passage souterrain de l’aqueduc alimentant le Viel-Évreux, et un quatrième dans l’enceinte du sanctuaire de Thomer-la-Sôgne connu depuis 1976 (fig. n°1).

Les établissements cultuels ne sont pas les seuls bâtiments antiques découverts cette année. Il faut y ajouter plusieurs villæ de taille modeste, à Saint-Aubin-d’Ecrosville, au Mesnil-Jourdain ou à Nagel-Séez-Mesnil, qui ressemblent à celles que nous connaissons déjà.

Ce n’est pas le cas de celle de Venables : la pars urbana, partiellement visible sur les photos, a une surface au sol d’au moins 5000 m2 (fig. n°3). Les reconnaissances sur le terrain ont révélé une occupation antique s’étendant sur plusieurs centaines de mètres. Malgré son ampleur, ce site n’avait jamais été repéré en prospection aérienne.

Nous avons photographié de nouveaux bâtiments sur des agglomérations secondaires antiques, à Condé-sur-Iton et Acquigny (fig. n°2).

Nous avons repéré des constructions médiévales à Calleville, sans doute deux tronçons de courtine accolés à une tour d’angle.

Presque comme chaque année, plusieurs bâtiments ne peuvent être attribués à une période précise faute de matériel datant comme à Bosrobert, Saint-Paul-de-Fourques.

De nouveau, les structures fossoyées constituent, quantitativement, l’essentiel de la moisson de cette campagne.

Nous avons engrangé nos premiers résultats dès le mois d’avril, mais seulement sur le plateau du Neubourg. Au cours de ces premiers vols nous avons vu le site du Haut Bray à Beaumontel comme jamais depuis vingt-deux ans que nous le connaissons, avec sa voie, son chemin, ses enclos, son parcellaire. De même pour le site du Prieuré, toujours sur Beaumontel. Nous connaissions le parcellaire, un cercle, nous y avons ajouté un chemin.

À partir du mois de juin nous avons étendu nos investigations sur une grande partie du département. Les premiers vols sur le plateau de Saint-André ont été l’occasion de battre des records de résultats avec plusieurs dizaines de sites à chaque sortie. Il serait prématuré et inutile d’esquisser ici un inventaire des enclos photographiés dans cette région. Mentionnons juste à Marcilly-la-Campagne le site de Merbouton et son organisation symétrique, l’enclos à fossés doubles au Bois de Saint-Aubin à Corneuil, les enclos accolés de la Guerrée à Buis-sur-Damville (fig. n°4), et pour terminer le regroupement d’enclos de Boissy-sur-Damville qui fait plus penser à un hameau qu’à une simple ferme indigène.

La moitié ouest du département, sans être aussi riche, a offert son lot de nouveautés, en enclos comme l’Artoire à Bourth, ou en chemins comme aux Fosses Catherine à Claville.

Nous terminerons ce tour d’horizon par deux sites inhabituels.

Le premier occupe un emplacement stratégique exceptionnel à l’extrême nord du plateau de Madrie à Saint-Pierre-du-Vauvray avec un panorama allant des Damps aux Andelys. Sa structure quadrilatérale, photographiée sur sol nu, est pour nous énigmatique. Nous n’y avons récolté aucun matériel datant mais ce site semble faire l’objet de recherches acharnées de la part de prospecteurs équipés de détecteurs de métaux.

Le second est peut-être un nouveau tronçon de l’aqueduc du Vieil-Évreux à Sylvains-les-Moulins. Ce n’est pas complètement une découverte mais cela pourrait confirmer une hypothèse de H. Bellenger rapportée par Pierre Wech dans son mémoire de maîtrise.


L’exploitation des données



2006 est aussi une année record pour les dessins. Nous en avons réalisé environ trois cents. Ils sont faits au 1/2 500e, la plupart du temps sur extraits cadastraux, sauf pour la trame urbaine de Condé-sur-Iton et la villa de Venables réalisés au 1/1 000e. La réalisation des dessins est l’activité qui nous prend le plus de temps, mais elle est indispensable pour finaliser la prospection aérienne.

L’exploitation de la campagne 2006 s’est conclue par la production de quarante cartes de communes au 1/10 000e, concernant notamment l’ensemble des sites du canton de Brionne. L’établissement de ces documents a entraîné le réexamen et le dessin d’une soixantaine de sites découverts anciennement.

Cette campagne s’est traduite par le dépôt d’environ cent cinquante déclarations de découverte auprès du service régional de l’Archéologie.

LE BORGNE Véronique, LE BORGNE Jean-Noël, DUMONDELLE Gilles (ARCHÉO 27)


Figure 1 : Un des quatre «fana» découverts pendant la campagne 2006
Figure 2 : Trame viaire urbaine antique délimitant des «insulae» (quelques constructions visibles)
Figure 3 : grande «villa» gallo-romaine dont la «pars urbana» occupe au moins 5 ha
Figure 4 : Système d'enclos regroupés