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Brumath
Place de l'Aigle

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La fouille conduite durant le printemps et l'été 2001 sur la place de l'Aigle, pratiquement au centre de la ville de Brumath, a été rendue nécessaire par le projet de construction d'un bassin d'orage, à l'initiative du SIVU de Brumath et de ses environs. Plusieurs fouilles dans les parages, y compris sur la place elle-même, témoignaient déjà de l'importance des vestiges archéologiques, dans ce qui a été un chef-lieu de cité dans l'Antiquité romaine. Le creusement du bassin a donc été précédé d'une opération d'archéologie préventive, d'une durée de trois mois.

Par sa situation, ce site posait d'emblée une série de questions par rapport au développement topographique de l'agglomération antique. Jusqu'où s'étendait la ville romaine de Brocomagus , capitale de la cité des Triboques ? Comment avait évolué l'urbanisation de cette zone, située au nord de la grand-rue moderne, ancien decumanus maximus , et à proximité du cardo maximus , lequel longeait l'actuelle place de l'Aigle ? À ces questions s'ajoutaient celles des origines, du processus de fondation de la ville antique, et d'une éventuelle occupation préalable. Vingt-huit ans après les fouilles de E. Kern au sud de la place, et après les observations ponctuelles effectuées par F. Latron lors de surveillances de travaux, entre 1999 et 2001, c'était la première fois qu'on avait l'occasion de fouiller une surface conséquente sur plus de 1,40 m de profondeur, dans cette partie de la ville.

Au total, cette fouille aura mis en évidence une stratigraphie de plus de 3 m d'épaisseur de niveaux archéologiques en place. Ceux-ci s'étagent depuis la fin du Ier s. avant notre ère, jusqu'au tournant des IIIe et IVe s. après J.-C. ; dans l'intervalle, l'occupation se fait sans discontinuité.

 

La première implantation humaine se signale par des structures en creux, qu'un fossé et des alignements de piquets semblent déjà inscrire dans un schéma d'orientation majeure est-ouest. Puis un sol d'habitat semble lié à une cloison-palissade, qui le sépare d'une surface empierrée. Celle-ci amorce peut-être déjà un semblant de voirie, d'orientation est-ouest, que pourrait border un système de fossés en quinconce, qui évoque, en modèle réduit, certains dispositifs d'entrée de camps romains (?).

Mais vers le milieu du Ier s. de notre ère, interviennent des terrassements très importants - qui mettent à mal les vestiges des phases antérieures. On assiste alors à une véritable fondation urbaine, avec implantation rigoureuse d'une chaussée rectiligne d'orientation est-ouest, à bande de roulement centrale empierrée et damée, avec habitat installé de part et d'autre selon une trame orthonormée. La voirie, bordée de fossés ou caniveaux, et de trottoirs ou bas-côtés, ainsi que les constructions qui la flanquent, sont sans cesse refaits au même endroit, jusqu'à la fin du IIIe s. à peu près.

Ainsi a été mise en évidence une succession d'habitats modestes, se perturbant les uns les autres, à parois de bois ou de terre, et sols de terre battue ou planchers. Des foyers de différents types étaient conservés au ras des sols. Certaines constructions étaient visiblement montées sur plots de grès, peut-être pour ménager à leur base quelque vide sanitaire. À l'inverse, subsistait d'une maison de la fin du IIe s. une cave maçonnée, précédée des vestiges de sa rampe d'accès, à marches en bois. Les nombreux fragments de torchis brûlés qui la remplissaient, après une destruction par incendie, laissaient deviner une élévation de terre et de bois. Enfin, deux latrines (ou puits ?) à parois coffrées de bois étaient encore conservées d'un état du plein IIIe s. Le mobilier de tous ces niveaux d'occupation était abondant, quoique très fragmenté. Constitué de céramique essentiellement, il témoignait bien d'une activité domestique urbaine.

À la fin de la période d'occupation antique, à partir du début du IIIe s. à peu près, on observe une réduction de l'habitat dense au côté sud de la voie, une limite suivant son flanc nord matérialisant peut-être celle d'une zone urbanisée restreinte, au-delà de laquelle se trouvent encore quelques traces d'activité (four). Sur cette limite est probablement édifiée, au tournant des IIIe et IVe s., une muraille d'enceinte flanquée de demi-tours : il n'en subsisterait que l'arrachement, sous forme d'un fossé rectiligne, large et profond, à fond plat et parois presque verticales, marqué vers l'extérieur d'une excroissance de plan semi-circulaire.

 

L'abandon définitif a dû intervenir au cours du IVe s. Une fondation de clôture du XVIIIe s., puis des fosses et traces de plantations d'arbres du XIXe s., sont les seules traces d'occupation ultérieures, dans un espace remblayé qui a dû rester ouvert jusqu'à nos jours.